Lettre d'un fou
. Est-ce que je suis
fou ?
. Peut-être que non. C'est tellement prétentieux de se croire fou. Pour être fou il faut être extrêmement intelligent. Rendez-vous compte. Quelque soit votre pensée, vous faîtes toujours appel à votre logique. Essayez un instant de vous en passer. Impossible. Il faut être intelligent pour être fou. En fait, je suis peut-être un faux fou. Un intelligent, qui se croit fou, parce qu'il se croit capable de fuir la raison. C'est faux. Il me manque l'intelligence qui tue la raison. En même temps, agir sans raison, est-ce intelligent ? Dans la mesure où ça peut permettre de troubler les autres, oui. Mais il faut avoir de l'ambition. Ça ne sert à rien, d'être fou. Peut-être juste à éviter la réalité ?
Mais soyons réalistes, bon dieu ! La réalité, elle vous rattrape toujours. Non, ce serait idiot de passer sa vie à la fuir. Il faut l'apprivoiser, la réalité. Savoir s'en échapper juste assez pour la surmonter. Il faut la dompter, en faire une esclave, la manipuler...
. Manipuler. Je passe mon temps à manipuler. Je te manipule toi, comme je vous manipule tous. Ou bien suis-je simplement con. J'aimerais pouvoir dire que je ne manipule pas ceux que j'aime. Mais c'est faux, faux, FAUX ! Je les manipule tous. Les bons comme ceux que je hais, ceux avec qui je ris comme ceux qui me font pleurer, tous autant qu'ils sont, je les manipule ! Et merde, voilà que je saigne encore. Je sens la raison qui s'écoule avec mon sang. Je ne suis qu'un pauvre fou. Un simple fou. Un fou sans raison, qui croit la posséder. Un fou.
J'ai un dilemme, vous savez ? Soit je continue de me croire fou sans savoir si je le suis vraiment, et dans mon monde, je continue de manipuler les gens. Dans mon monde, JE suis le maître. Si ça se trouve, dans la réalité, je ne suis qu'une pauvre merde. Peut-être bien.
C'est là qu'intervient la seconde proposition du dilemme : et si je décidais de me considérer comme « normal » ? Je sais bien qu'il n'y a pas de normalité – ce que j'entends par « normal » est « personne qui est considérée comme saine d'un point de vue objectif » ; et évidemment, de ce point de vue, la première solution me classe directement dans la catégorie des marginaux. Et si un jour je décide de me regarder dans une glace et je me rends compte que je ne suis rien ? Que ma bulle est percée, et que le monde autour de moi ne ressemble en rien à celui que je m'étais construit dans ma tête ? Que finalement, les gens ne dépendent pas de mon bon vouloir ? Que NON je ne suis pas capable de TOUS vous détruire ?
J'ai essayé, vous savez. Mais je finis toujours par en revenir au dilemme. Où s'arrête ma raison ? Est-ce qu'elle est aussi la cause de ma folie ? Sans folie ; pas de raison. Mais sans raison, pas de folie ! En fait, être quelqu'un d'équilibré ce serait peut-être avoir trouvé le dosage exact entre raison et folie. La balance dans laquelle la raison permet à la folie d'exister, et inversement, sans que les proportions changent indéfiniment. On peut être fou, dans le sens ou la folie est prédominante sur la raison, et le vivre très bien. On peut être raisonnable mais avoir un grain de folie.
Il faut que je trouve jusqu'à quel point je suis fou. J'ai besoin de tester mes limites.
Et merde, le sang coule encore. Est-ce que c'est de la raison ou de la folie qui part avec ?
Et merde, maintenant tout part avec. Mon esprit tout entier coule dans le mouchoir.
J'aurais pas dû, j'aurais pas dû. Mes yeux se ferment. Au revoir.
PS : J'ai réussi à vous faire lire toutes ces inepties ?
Je vous l'avait DIT, que je vous manipulais...